Il tourne, il tourne, le manège enchanteur du Théâtre Dromesko
Par lemonde.fr
Si, par un soir d'hiver, la vie vous semble moche et grise ; si, vous recherchez une vraie bonne tranche d'art et de chaleur humaine, alors poussez la porte de la baraque en bois du Théâtre Dromesko.
Les Dromesko, c'est un couple, Igor et Lily, anciens de chez Zingaro, et une tribu, celle qu'ils forment avec leurs acteurs-danseurs-acrobates, leurs merveilleux musiciens tziganes, et leurs bêtes à poil et à plume.
Avant de repartir sur les routes de France et d'Europe pour de longs mois, ils ont posé leur baraque devant le Théâtre Silvia-Monfort, à Paris, qui les accueille jusqu'au 6 mars avec ce spectacle dont le titre, déjà , vous emporte sur les ailes du rêve et de la poésie : Arrêtez le monde, je voudrais descendre.
Le monde est un manège qui tourne mal : les Dromesko lui opposent leur petit carrousel aux volets de bois qui s'ouvrent et se referment pour libérer des visions qui ont l'évidence fantomatique des songes ou la force de percussion des cauchemars. Une vraie machine à la Léonard de Vinci, actionnée par un manitou-manipulateur en bleu de travail qui bosse comme un fou pour tirer les (grosses) ficelles de sa machinerie : c'est le Dr Dieu, lequel tient plutôt de l'apprenti sorcier multipliant les expériences les plus folles sur une humanité mal en point.
Pendant que le Dr Dieu, enfermé dans son antre, concocte une nouvelle scène, une petite humanité-animalité s'entasse dans sa salle d'attente : en l'espèce, la comédienne Monique Brun, en compagnie, selon les soirs, de Marcial Di Fonzo Bo, David Bursztein, Jean-Michel Mouron, Charlie Nelson ou Jean-Marc Stehlé, et d'un âne, d'un cochon, d'une chèvre, d'une poule et d'un poisson rouge. Avec l'aide du Bourdieu de La Misère du monde, ou du Dubillard des Diablogues, on parle de la vie comme elle va, de la pluie qui mouille ou des bobos du corps quand la machine se détraque.
Dans ce spectacle qui ne se raconte pas - comment raconter un rêve, qui n'est pas soumis aux lois du temps ? - passe un ange musicien, enfermé dans sa cage, comme une boîte à musique géante, et tourne la ronde des amours, quand un couple d'amoureux monte au septième ciel, enveloppé dans les draps d'un lit aux dimensions du monde.
Mais les rêves d'envol font bientôt place aux cauchemars : une foule d'hommes et de femmes à tête de porc assaillent une Lily qui avance à contre-courant, belle comme une mariée de Delvaux, sa robe blanche dépecée laissant place à une robe rouge sang, rouge comme les cheveux de Lily, femme inaliénable. Lily et son fameux marabout, déjà vedettes des précédents spectacles magiques du couple, La Volière (1990), La Baraque (1995-2006), et - quel titre, déjà ! - L'utopie fatigue les escargots (2003).
L'apocalypse des Dromesko est si belle, portée par ces images surréalistes à la James Ensor ou à la Félicien Rops. On se sent si bien dans leur baraque de bois quand survient la surprise finale, et que tout se termine avec le petit verre de vin qui a toujours accompagné les soirées dans leur théâtre, que de ce manège-là on n'a plus du tout envie de descendre.
Arrêtez le monde, je voudrais descendre, par le Théâtre Dromesko. Théâtre Silvia-Monfort (en collaboration avec le Théâtre de la Ville), 106, rue Brancion, Paris-15e. Mo Porte-de-Vanves. Tél. : 01- 56-08-33-88. Jusqu'au 6 mars. Du mardi au samedi, à 20 h 30. De 18 € à 26 €. Durée : 1 h 45. Puis tournée au moins jusqu'en juin, à Nancy, Marne-la-Vallée, Angers, Gap, Béziers, Montpellier, etc.
Fabienne Darge, pour LEMONDE.FR
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