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Mère n'est plus ; l'enfance est morte
Et moi, je suis toujours vivant ;
Un fleuve arrêté qui n'emporte Que de la poussière et du vent.
Ses yeux nacrés, son teint magique,
Ses longs doigts souples et rêveurs
Jouaient une même musique Aux plus délectables saveurs.
Il flottait je ne sais quel trouble
Dans son beau rire flamboyant,
Tou à la fois sincère et double Comme un grand soleil ondoyant.
Lorsqu'elle allait, le ciel aux lèvres,
A mon petit bras jalousé,
j'étais saisi de douces fièvres Au seul prodige d'un baiser.
Sa haute chevelure altière
En boucles brunes voletant,
Semblait pour moi la grâce entière Sous l'ample houle de l'autan.
L'orgueil enflammait son pied tendre,
Le jour s'étoilait de stupeur
Et je voyais l'amour s'étendre Si loin, si loin qu'il faisait peur...
Mon idole unique, ma mère,
Reconnais-tu cet orphelin ?
Toi qui fuyais tant l'éphémère, O toi, mon éternel câlin !
Quand ton image se dérobe,
Je crois entendre maintes fois
Le bruissement nu de ta robe, Le cher miracle de ta voix.
De mes mains vides et souffrantes,
Je crois encore un peu toucher
Toutes les douceurs fulgurantes Dont rien n'a pu me détacher.
Maman, c'est trop ; je hais le monde,
Je hais la vie où tu n'es pas.
Vite ! qu'enfin mon pas se fonde Dans la lumière de ton pas.
poème extrait de "La Blessure des Mots" http://www.p-o-s-i-e.over-blog.net |