Clara Malraux, Femme dans l'ombre
Dans « Clara Malraux : Nous avons été deux », Dominique Bona Fait revivre avec talent le couple tumultueux et mythique que formèrent Malraux et Clara.
A 17 ans, André Malraux se déclare candidat au lycée Condorcet. On ne veut pas de lui : il décide donc d’arrêter ses études. 3 ans plus tard, en 1921, il rencontre Clara au cours d’un grand dîner entre collaborateurs de la revue « Action ». Juive prussienne originaire de Magdebourg, elle y publie des traductions d’auteurs allemands rares. Elle l’emmène danser, il lui marche sur les pieds. Mais cet efflanqué s’attife avec une élégance de dandy et ils ne se quittent plus. Dominique Bona, qui sait tout sur eux et le dit avec bonheur, nous dit : « Elle ne se laisse pas du tout écraser par la science flambante et flambeuse du jeune homme ».
Son père à elle, décédée quand elle avait 13 ans, lui avait laissé un pactole confortable. Cela tombe bien, ils rêvent d’aventures. Jusqu’au jour où le jeune marié, à force d’avoir joué en Bourse l’argent de sa femme, lui annonce qu’ils n’ont plus un sou, précisant : « Vous ne croyez tout de même pas que je vais travailler ». Marlaux est ombrageux et macho. Il l’engueule. Ensembles, ils partent à Saïgon et inventent « L’Indochine », un journal anticolonialiste transformé au bout d’un an en « Indochine enchaînée » par ceux qui les considèrent comme un couple de bolcheviks. Ils publient 23 numéros avant de quitter le pays, déçus, ruinés, amaigris et vaincus.
« Maintenant, il ne me reste plus qu’une solution, écrire », lance Malraux à Clara. Avec « La voie royale », il obtient le prix Interallié, où elle n’apparaît sur aucune photo. Le succès divise le couple. 12 ans après leur rencontre, Clara met au monde leur unique enfant, Florence. Malraux n’en voulait pas et la nommera « l’objet ». Cette naissance ne suffit pas à les réconcilier.
Chez Gallimard, Malraux trouve une autre femme, Josette Clotis, qui a 13 ans de moins de Clara. Ils divorcent en 1947. Reste pour Clara quarante-cinq ans à vivre. « Livre de comptes », « Mémoires », chacun de ses livres narre l’ascension de Malraux, et l’honore. Lui sera toujours pris sous les feux, jusqu’à Mai 68 et bien au-delà de celle qui porte son nom jusque sur sa tombe, Clara. Et dont Dominique Bona ne nous laisse rien ignorer avec Brio.
Dominique Bona est une femme de lettres française née le 29 juillet 1953 à Perpignan. Elle est agrégée de Lettres modernes (Etudes supérieures à la Sorbonne) Journaliste et Critique littéraire au Figaro littéraire (depuis 1985).
Elle a reçu le Prix Renaudot en 1988 pour Le Manuscrit de Port-Ébène, le Prix Méditerranée pour Gala en 1994, le prix Interallié pour Malika en 1992.
« La femme dans l’ombre », publié Chez Grasset au prix de 20,90€
Article écrit par Administrator User
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