Monstres & compagnie : INTERVIEW DE BONG JOON-HO




En direct du Festival de Cannes 2009, rencontre avec l'un des fers de lance du nouveau cinéma coréen, responsable d'un des meilleurs films noirs de ces dix dernières années, d'un des meilleurs films de monstres de ces dix dernières années, et maintenant, d'un des meilleurs thrillers familiaux de ces dix dernières années : 'Mother', cinquième film de Bong Joon-ho, en salle le 27 janvier.

E

"Je suis un cinéaste instable !" C'est à peu près comme ça que commence notre entretien avec Bong Joon-ho quand on le félicite pour 'Mother', une oeuvre aussi inclassable que son réalisateur. Toujours désireux d'explorer de nouveaux univers, ses films ont quand même tous un point commun : un goût prononcé pour les monstres, qu'ils soient tapis au fond de la nature humaine ('Memories of Murder' et ses meurtres horribles) ou qu'il s'agisse de créatures dégoulinantes ('The Host'). 'Mother' ne fait pas exception, la relation ambiguë au centre du film ayant, également, quelque chose d'assez terrifiant.

Contrairement à vos précédents films, vous vous concentrez davantage sur le personnage principal, vous resserrez l'intrigue en ce sens. C'est une nouvelle direction pour vous ?

 

F

 

Tout à fait. La première image que j'avais pour faire ce film était celle d'une lumière qui se concentrerait à travers une loupe pour brûler un papier. Dans 'The Host', je parlais de la société coréenne, c'était une sorte de satire contre les Etats-Unis ; d'un point de vue général, dans tous mes films précédents je tendais vers l'extérieur. Cette fois, je voulais un film qui tende vers l'intérieur.


Vous tirez vos idées du quotidien ?

En général, je trouve des idées par-ci, par-là, mais pour 'Mother', c'est surtout en voyant l'actrice Kim Hye-ja que j'ai eu envie de faire le film. Je voulais explorer davantage ses talents, sa partie sombre, et en même temps, parler à travers elle de la relation mère-fils, qui est pour moi la plus forte des relations humaines.


Dans le film, c'est une relation très ambiguë…

Le personnage du fils est très pur, très naïf, idiot, mais c'est quelqu'un qu'on ne peut pas vraiment déceler, quelqu'un d'insaisissable. C'est vrai qu'une relation mère-fils est en général très forte, mais malgré ce rapport proche, on ne peut pas toujours savoir ce que cache l'autre. Ce qui est effrayant dans le personnage du fils, c'est qu'il ne prend jamais la responsabilité de ses actes, et c'est ce qui rend encore plus hystérique et malade sa mère. On ne sait jamais à quel point le fils est conscient de ce qui s'est passé, si c'est en contrôlant et manipulant sa mère qu'il réussit à obtenir ce qu'il veut. Le traitement est assez flou pour garder cette ambiguïté.


Kim Hye-ja est une très grande actrice en Corée…

 

G

 

Quand je suis né elle était déjà actrice ! Enfant, dès que j'allumais la télé, elle apparaissait. Pour les Coréens, elle est comme l'air, toujours présente… J'étais donc très excité de travailler avec elle, et j'avais vraiment envie de faire un travail de re-création, pour qu'il y ait un renouveau dans son interprétation. C'était l'un des fondements du film : lui offrir un rôle à contre-emploi, dans lequel elle jouerait un personnage complètement hystérique et qui fait preuve d'une obsession maladive pour son enfant.


Votre cinéma dépasse maintenant les frontières de la Corée : la reconnaissance internationale vous importe ?

 

H

 

Ce que je recherche le plus, c'est de pouvoir continuer à faire du cinéma. Ce n'est pas mon but de faire coûte que coûte des tournages à l'étranger : c'est devenu une chose naturelle, par exemple lorsque j'ai fait 'Tokyo !' l'an dernier avec Michel Gondry et Leos Carax. Le plus important c'est de savoir quel film on fait, peu importe le pays, il faut sans cesse se renouveler. Je ne me demande pas où mes films auront du succès.


Quel est votre prochain projet ?

Comme je l'avais déjà annoncé à l'époque de 'The Host', je vais travailler à l'adaptation du roman graphique 'Le Transperceneige' en coproduction avec Park Chan-wook. Ce sera un retour au film de science-fiction !


Article écrit par Jean-Nicolas Berniche pour Evene.fr


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