Lisette Model- Jeu de paume




Photographie

Pour Lisette Model(1901-1983), photographe américaine d'origine autrichienne, la photographie permet de traquer les aspects d'une réalité en perpétuel changement. Photographiant de manière instinctive, audacieuse et directe, elle produit des images sans concession mais chargées d'humanité qui lui confèrent une place à part dans le courant de la Street Photography qui se développe à New York pendant les années quarante. 'Photographier avec vos tripes' , avait-elle coutume de dire à ses élèves – parmi lesquels figure Diane Arbus.

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Dans un entretien retransmis à la fin de l’exposition, Lisette Model se défend de toute critique sociale. Son travail se concentre pourtant sur les deux extrêmes de la société. Riches oisives de la Promenade des Anglais d’un côté, avec rides sous la voilette, roses fanées et cascade de bijoux, pauvres écroulés sous le poids de la misère de l’autre, aux traits géométriques tout en courbes et lignes : une galerie de visages qui finissent par se rejoindre, presque se confondre.

Car de tous ces personnages, l’artiste ne retient que les excès, les gueules cassées comme sculptées à la hache, la lumière qui s’en dégage, mélange de solitude et d’années, les contrastes crus. Au diable le milieu, social comme spatial, Lisette Model aime les extrêmes. Si on lui demande de photographier des poissons, dit-elle, elle choisira les baleines, et non pas de jolis petits poissons multicolores. Question d’instinct, et de corps. Model veut capter les gens tels qu’ils s’oublient, avec une préférence pour les gros, les travestis, les vieux. Elle parvient néanmoins à éviter le grotesque car elle ne se moque pas de ses modèles : ils la fascinent, au contraire. Le musée du Jeu de paume fait preuve d’une vraie cohérence dans sa programmation car on retrouve du Fellini et du Martin Parr (les deux expositions qui l'ont précédée) dans son regard. Un cirque passe. Model jettera ainsi les bases d’une nouvelle photographie, celle des marges, et son élève Diane Arbus reprendra le flambeau. Fixer un instant qui disparaît, surprendre la vie derrière soi (et non devant), cadrer de manière à rythmer l’image, pour celle qui apprit la musique avec Schönberg. La série des reflets dans les rues de New York est particulièrement réussie, avec ses ombres inquiétantes projetées sur les pas pressés et les vitrines élégantes. Un noir et blanc accusé, sans demi-teinte, l’absence de couleurs et toutes les couleurs à la fois.

Julie de la Patellière, critique pour www.evene.fr


Article écrit par Administrator User


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